« 8 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 29-30], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5457, page consultée le 05 mai 2026.
8 août [1844], jeudi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé. Bonjour ma vie, bonjour mon
âme, mon tout, bonjour. Je baise tes yeux, ta bouche, tes mains, tes pieds. Je
t’adore.
Quelle bonne petite soirée nous avons passée ensemble hier ! Quel
bonheur d’être avec toi, mon bel ange, mon Victor, mon ravissant petit homme, mon
amant adoré ! Laisse-moi te le dire à ma façon. Vois-tu, ce qui manque à mon style,
je
le remplace par des baisers et par de l’amour. Je ne m’occupe de rien en t’écrivant
ce
gribouillis que de t’aimer et de te le dire le plus de fois possiblea. Je ne m’amuse pas à chercher
l’impossible, mais je prends aveuglément dans mon cœur, parce que je suis sûre de
n’en
tirer que de l’amour le plus pur, le plus dévoué, le plus tendre et le plus passionné
du monde. Mon Victor, tu es beau, je t’aime, je t’aime. Depuis bientôt douze ans tu
es
ma vie et ma joie. Rien n’a altéréb
ni diminuéc cet amour ineffable.
Tout, au contraire, l’a augmenté : ta beauté, ta bonté, ta douceur, ta noblesse, tout
est divin en toi. Je t’adore, mon Victor. Je t’aime, mon sublime, mon très glorieux
homme. Je baise tes pieds.
Juliette
a « possibles ».
b « altérer ».
c « diminuer ».
« 8 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 31-32], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5457, page consultée le 05 mai 2026.
8 août [1844], jeudi soir, 10 h.
Mon cher petit bien-aimé, il ne t’est rien arrivé de fâcheux, n’est-ce pas ? J’ai
toujours peur, quand je ne te vois pas, qu’il ne te soit arrivé quelque chose, à toi
ou aux tiens.
Je n’ose pas t’accuser avant de t’avoir vu, dans la crainte d’être
injuste, mais, non, tu n’es pas gentil de n’être pas venu tantôt car je t’attendais
et
je te désirais de toute mon âme. Mon Victor adoré, si tu travailles et si tu m’aimes,
je te demande pardon et je baise tes chers petits pieds.
J’ai eu toutes sortes
de visites ; mais la plus intéressante est celle de cette pauvre Mme Tissard avec
les deux enfants de cette pauvre Mme Pierceau. De voir ce pauvre Auguste1, cela m’a toute remuée et cela m’a rappelé combien sa mère
l’aimait et le temps où elle venait chez moi avec lui. Tout ce monde-là m’a chargée
de
compliments, de respects et de baisers pour toi, et je m’en acquitte avec conscience
comme tu vois. Les autres visites, c’est Mme Ledon d’une part, Mlle Féau de l’autre, et la Penaillon à qui j’ai acheté la toile, décidément, car
c’était une vraie bonne occasion et puis, Dieu sait si j’en
ai besoin. Bientôt je coucherai sur la toile de mon matelas.
Tu vois du reste,
mon cher adoré, que je n’ai pas manqué de distractions de tout genre aujourd’hui.
Mais
toutes les distractions possibles ne me font pas perdre une seconde de vue que je
te
désire, que je t’attends et que je t’aime. Ô oui, je t’aime mon Victor adoré, c’est
bien vrai.
Juliette
1 Auguste est le fils de Mme Pierceau, l’amie de Juliette morte récemment.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
